Le temps caniculaire qu'il fait à Ouagadougou en ce dernier jour du mois de février n'aura pas suffit à dissuader la population. Dès la fin de la matinée, bravant la poussière d'un hamattant persistant, venant des quatre coins de la ville ils sont de tous ages, de toutes conditions sociales et de toutes nationalités. Asiatiques émerveillés, Européens aux airs de connaisseurs, Africains arborant des dreadlocks, filles à demi habillées par des tenues cachant à peines leur nudité, petits vendeurs ambulants de gadgets du festival, policiers carrés, fillettes surexcitées, c'est l'ambiance pittoresque qui régnait autour du Stade du 4 Août à l'occasion de la cérémonie d'ouverture du 21ème FESPACO. Le couple Kouanda avec son bébé de 3 mois n'a pas voulu ce faire conter l'événement. A la question s'il n'avait pas peur de la bousculade, monsieur répond : « Comme ce n'est pas pour faire du mal, Dieu va nous protéger ».
A l'intérieur, les gradins sont brûlants. Mais les festivaliers n'en ont cure. Ce qui compte ce soir, c'est la fête. Hé oui la fête ! Ils avaient raison car elle a tenu toutes ses promesses. Les artistes retenus pour égayer le public ne se sont pas économisés. Quoi de plus normal quand tout autour de soi plus de 40 000 personnes communient avec la même énergie. C'est ainsi que les Burkinabé Alif Naba, le groupe Yeleen, Sissao et le Ghanéen Kodjo Antwi ont assuré leur partition. On retiendra aussi et surtout le grandiose spectacle créé par la chorégraphe Irène Tassembedo, qui deux mois durant a travaillé avec des profanes de la danse pour créer un spectacle de 40 minutes. Le résultat est plus que concluant. L'Afrique est unique dans sa diversité et Irène l'a montré en faisant le tour du continent à travers les pas de danse interprétés.
« Il faut repenser le FESPACO et opérer des réformes pour remettre le cinéaste au centre des préoccupations du festival parce que sans cinéaste pas de FESPACO. » c'est en substance ce que le Premier Ministre a déclaré à la presse. Des interventions des officiels, on retiendra cette information majeure donnée par Monsieur SERPOS de l'UNESCO. Il s'agit de l'ouverture prochaine du Centre International des Cultures à Ouagadougou pour aider l'Afrique à développer ses industries culturelles créatives. Cela pour réaffirmer l'engagement de l'Etat à réformer ce festival qui a, à n'en pas douter besoin d'un nouveau souffle pour faire face au lot de défis qui ne fait que s'accroître. On sait aussi que l'une des plaies du cinéma africain c'est le manque d'un véritable circuit de distribution. C'est pour contribuer à le décharger de ce fardeau que la France par la voix de son ambassadeur promet en plus des soutiens traditionnels à la production, s'engage à diffuser les films primés au FESPACO dans une cinquantaine de salle française.
Il faut rappeler qu'à la date butoir du 31 décembre 2008, ce sont 664 ½uvres qui ont été enregistrées. Les cinéphiles pourront visionner 374 dont 128 en compétition officielle pour s'adjuger les 24 prix mis en jeu cette année. Les autres seront en découvertes. La fête garde son caractère populaire mais il n'y aura plus de projection en plein air. Le comité d'organisation est résolument décidé à faire renaître chez les amoureux du 7ème l'envi d'aller vers les salles obscures. C'est ainsi que de 9 salles en 2007 on passe à 14 salles pour l'édition 2009.
Après le géant éblouissant feu d'artifice qui a créé un univers de rêve, le quartier Gounghin est retombé dans une nuit qui ressemble à tout point de vue à celles qui la couvrent depuis toujours. L'engouement était total à la cérémonie d'ouverture. Il reste à souhaiter que les organisateurs minimisent les ratés, que les professionnels approfondissent les réflexions quant au devenir du cinéma africain, que les festivaliers aient le c½ur à la fête et que la population ouagavilloise garde le même enthousiasme pour une semaine pleine de passion cinématographique.
Bonne semaine du cinéma africain à tous !