Sabari kadi sur scène

Sabari kadi sur scène

# Posté le mardi 01 juillet 2008 17:49

CCF: SABARI KADI FERME LA MARCHE

CCF: SABARI KADI FERME LA MARCHE
Comme d'habitude, le CCF ferme ses portes au mois d'août pour raison de congés. Cette année avant la fermeture il a donné à voir à son public un spectacle de percussion époustouflant. C'est la bande de Seydou Diao dit Kalifa, l'ensemble « Sabari Kadi » qui a sonné l'au revoir ce vendredi 27 juin 2008.
Les notes de balafons distillées sont savamment accompagnées de chansons traitant du vécu quotidien des populations. Des thèmes de la jalousie, du destin, les difficultés de la vie etc., ont reçu l'adhésion du public dioulaphone qui ne s'est pas fait prié pour venir esquisser quelques pas de danse sur la scène. Pendant deux heures d'horloge, le public du CCF à vibré au rythme des percussion de ces cinq virtuoses du balafon.
L'invité de la soirée, Tim Winsey a apporté sa touche à cette soirée en embouchant son arc pour des sonorités dont lui seul a le secret.
Cet ensemble qui a participé à la 7ème édition du FESFOP (Festival International et de Percussion de Louga (Sénégal) en janvier 2008 répand une énergie contagieuse pendant ses spectacles. Sa dernière création « Aye na flê » (Venez voir) est un véritable régal offert au public. « Sabari Kadi » (« Il est bon de pardonner » en dioula), créée en 2007 est un ensemble d'inspiration traditionnelle qui se démarque par la richesse et l'inventivité de sa section rythmique constituée de cinq balafons, deux paras (tambour formé à partir d'une calebasse) et d'une calebasse contenant de l'eau dans laquelle deux calebasses plus petites retournées donnent un son d'outre-mer.
Kalifa le chef d'orchestre est un maître du balafon, ce célèbre xylophone pentatonique très présent dans toutes les réjouissances de l'ouest Burkina, du Mali et le nord de la Côte d'Ivoire. C'est ainsi qu'il a accompagné quelques grands noms de la musique africaine (Rido Bayonne, Ray Lema, etc.).
Cet ensemble qui fait une entrée remarquable sur la scène musicale traditionnelle fera certainement entendre parler de lui d'ici là.

David SANON

Sabari Kadi

Balafon : Seydou Traoré, Yayi Coulybali, Bakari Coulybali, Sanogo Doubassin, Seydou Diao dit « Kalifa »
Bara : Modibo Coulybali, Dakuo Nbiniman
Flûte : Robert Tinguéri
Violon, Lunga : Hamado Dembélé
N'goni et Tama : Sissoko
Calebasse : Modibo Coulybali
Kora : Seydou Traoré
Chant : Kalifa, Seydou Traoré, Yayi Coulybali, Sanongo Doubassin

# Posté le dimanche 29 juin 2008 16:41

Modifié le jeudi 10 juillet 2008 12:29

Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »

Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »
Madéni Kiénou « Mon rêve, faire un jour un spectacle avec 500 percussionnistes »

L'homme maîtrise le djembé. On prend du plaisir à écouter ses solos de percussion. Mais cela aurait pu ne jamais se réaliser. Car Mamadou Kiénou alias Madéni (petit Mamadou), malgré ses origines « djéli »1, aurait pu ne jamais faire de la musique.

Madéni est un des fils de Baba Kiénou, le plus célèbre des « djéli » de la capitale. Après son admission au Brevet d'Etude du Premier Cycle (BEPC), il opte pour des études en électricité, espérant être ainsi ingénieur de son. Mais son oncle qui ne l'entendait pas de cette oreille l'inscrit en comptabilité. Après cinq pénibles mois de cours, il arrête en 1993. C'est d'ailleurs l'année de sa première sortie en Europe.
En optant pour la musique, il a aussi opté d'être toujours positif dans sa tête (ce qui est extraordinaire pour un petit Dafing 2). Il ne s'embarrasse pas de se ressasser les mauvais souvenir. Il se rappelle toujours de la période de 1993 à 1998 pendant laquelle il tombait malade à l'approche des spectacles pour se rétablir tout juste après. Cela a failli lui scier le moral. Même si sa participation aux Rencontres chorégraphiques de 1997 en Angola demeure un bon souvenir pour lui. Mais ce charmant garçon qui n'a que le combat comme leitmotiv ne se laisse pas abattre. A propos de la jalousie qui mine le milieu des arts au Burkina, Madéni pense que « chacun doit se battre pour sortir du lot. Celui qui est performant et qui fait quelque chose dei représentatif du Burkina aura toujours un promoteur ». Il trouve regrettable que certains clichés continuent de défier le temps. Un jour, une fille à qui il faisait la cour s'est entendu dire par ses parents « toi tu n'as pas pu te trouver quelqu'un si ce n'est un musicien ». Cela conforte Madéni dans sa position qui est que les musiciens doivent se battre pour se faire une image respectable.
Fan de du batteur américain Billy Cobham, il joue au djembé, tama, doundoun, batterie ...Voyant que la percussion était négligée, surtout celle burkinabé, il décide de lutter pour lui conquérir la place qu'elle mérite. Ce n'est pas chose aisée mais comme il le dit si bien : « dans la vie, avec la volonté on arrive à bout de tout ». Ce monsieur capable de taper sur le djemba une heure durant sans interruption et avec sourire à l'appui n'apprécie pas beaucoup les boites à rythme. La « programmation »3 selon lui est nuisible à la musique parce que celui qui programme ne gagne pas grand chose et l'artiste fait aussi un produit de courte durée qui s'exporte mal.
En plus des artistes burkinabè tels Abdoulaye Cissé, Georges Ouédraogo, Bil qu'il a accompagnés, il a aussi travaillé avec Ray Lema, Réné Lacaille, Sali Nyolo entre autres.
Mais son ultime rêve c'est de rétablir la percussion dans son rang. « Mon spectacle 'Opéra du djembé' avec 30 djembés c'était contre cette marginalisation. Mon plus grand rêve c'est de faire un jour un spectacle avec autour de moi 500 percussionnistes »
Il a sa propre compagnie qui travaille activement à mettre incessamment son premier album sur le marcher, pour le plus grand plaisir des mélomanes.

David Sanon


1-Gardien de la mémoire et maître de l'art oratoire dans la société mandingue.
2-Les Dafing appelés aussi Marka son des parents à plaisanterie des Bobo.
3-Musique créée dans un studio à partir d'une boîte à rythmes

GRIOT
Griot viendrait du Portugais « kirio » qui veut dire crier. Ceux qui ont donné ce nom ont pris le griot pour un crieur public. Ils se sont trompés car en Afrique de l'Ouest et spécifiquement dans le Mandé ou Mandingue, il y a une caste dont le rôle est de conserver la mémoire collective. La légende raconte que deux frères qui se seraient égarés en brousse étaient en proie à la soif et la faim. Le plus jeune ne supportant pas la souffrance de son aîné se serait entaillé la cuisse pour lui donner à manger. Ce dernier, après avoir mangé, demande l'origine de la viande qui lui avait été servie. Après les explications de son cadet, il décida de se mettre désormais à son service parce qu'il a été nourri de son sang. Le sang qui se dit « djéli » ou « djoli » en langue bambara. C'est le premier ascendant de Mamadou Kiénou dit Madéni.

# Posté le mardi 20 mai 2008 17:17

Modifié le mercredi 21 mai 2008 17:07

TONTON ROBERT : le maître de la baguette

TONTON ROBERT : le maître de la baguette
TONTON ROBERT : le maître de la baguette

La batterie, descendante du washboard, a été créée spécialement pour le jazz. Mais chose bizarre, c'est le batteur qu'on voit le moins dans un groupe musical. De part sa position sur la scène qui fait qu'il est caché par les autres musiciens, il est le moins connu de l'orchestre. Le batteur, dans un groupe, c'est le type interchangeable qui tape, au fond là-bas. On le voit à peine. On ne connaît pas son nom. Dans l'imaginaire collectif, au mieux, il est une sorte de métronome qui, parfois, fait le spectacle. Robert BATCHOUDI que tout le monde appelle affectueusement « tonton Robert» fait partie de ce bataillon de l'ombre.

Il est venu à la musique en tapant sur des boites et le « kamu », un tam-tam de la région de Kara (Togo, son pays d'origine) quand il était tout petit. Il va tendre par la suite au toumba. C'est pendant une tournée en 1966 au Ghana avec l'artiste congolais Henry Bouani qui l'encourage à jouer de la batterie qu'il se tourne vers cet instrument. Sans maître, il découvre la batterie. Cette idylle dure aujourd'hui 42 ans et n'a pas pris une seule ride. Tonton Robert (58 ans sonnés) n'a pas oublié sa première rencontre avec le Burkina. Il se rappelle de cette expédition difficile sur Pô où ils devraient jouer, et que seul son jeune âge a plaidé en faveur du groupe dont personne n'avait un papier d'identité. De retour au pays, l'envie de découvrir Ouagadougou l'emportera. En 1970, il y dépose définitivement ses valises. Il a depuis, la nationalité burkinabé. Lui, sa femme et ses deux enfants vivent grâce à sa maîtrise des baguettes.
Sous la Révolution, il est encadreur des « Petits Chanteurs aux points levés » et des « Colombes de la Révolution ». De cette expérience sortiront des batteurs de renom tels Ablo Zon, Wendlaviim, Caroline Yaguibou, Dramane Kiénou (Italie) et Tiémoko Koné (Italie) pour ne citer que ceux-là.
Robert n'a aucune gêne à dire son âge à qui veut l'entendre. Comme disait Jean de La Bruyère dans « Les Caractères » (1696), « Celui qui continue de cacher son âge pense enfin lui-même être aussi jeune qu'il veut le faire croire aux autres. », Robert pense qu'il faut s'assumer et surtout savoir que « l'on n'est jamais trop vieux pour apprendre ». Malgré tant d'années de loyaux services rendus à la Nation, Tonton Robert n'a jamais bénéficié d'une quelconque distinction honorifique pendant que de nombreux acteurs de la vie culturelle du Faso, beaucoup moins méritants que lui ont été décorés. Mais cela ne l'émeut guère. Tonton Robert pense que tous ses voyages effectués à Cuba, au Congo, en Libye...sans salaire l'ont été pour le pays. Sa satisfaction aujourd'hui, c'est de voir sur scène toute cette génération de batteurs qu'il est fier d'avoir formée.
La musique, c'est toute la vie de Tonton Robert. Pour cela, la formation le préoccupe. Il appelle de tous ses v½ux un regard du ministère de tutelle, sur l'état de délabrement avancé dans lequel baigne aujourd'hui l'Institut National de Formation Artistique et Culturelle (INAFAC), où il est enseignant. Un de ses souhaits, c'est de voir les enseignants de musique sortis de l'INAFAC mis en valeur en les associant aux jurys des différentes compétitions musicales.
Instrumentiste de talent, Robert bat en brèche les idées reçues qui font passer les batteurs pour des gens qui auraient connu une enfance difficile. Cet instrument, il y joue par plaisir. Comme conseil à tous ceux qui font des arrangements dans des mini-studios, il leur demande d'enregistrer en live pour améliorer la qualité du son.
Après 38 ans passés au Burkina, et malgré la certificat de nationalité en bonne et due forme, Robert se voit traité d'étranger en 2000 par le directeur de l'INAFAC de l'époque, parce qu'il protestait contre son projet de ramener le prix de l'heure de vacation de 2500 à 1500FCFA. Cette inconduite de la part d'un responsable lui est restée comme un os au travers de la gorge.
Robert vit aujourd'hui une nouvelle expérience en formant le jeune aveugle, Jean Sawadogo, à la pratique de la batterie.
« Si les premiers responsables du ministère de la Culture pouvaient rencontrer les artistes, pas pour donner de l'argent, mais seulement pour comprendre, ce serait bien », aime-t-il dire. Il trouve l'injustice trop grande quand des cachets faramineux sont versés aux artistes venus d'ailleurs contre des miettes aux locaux.
Même s'il a parfois l'impression que certaines personnes éprouvent un malin plaisir à voir les artistes dans la misère, Robert a foi à l'amélioration des conditions de vie des artistes. Son v½u le plus cher, c'est d'avoir les moyens pour acquérir d'autres équipements en plus de ses deux batteries afin d'ouvrir sa propre école de formation.

David Sanon

# Posté le mardi 20 mai 2008 16:43

Modifié le mardi 20 mai 2008 17:09